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COMMENT MIEUX S'ENGAGER AUPRÈS DES 6M D'AIDANTES EN FRANCE ?

25 juin 2021
Le saviez-vous ? 11 millions d’aidant.e.s non professionnel.l.e.s en France accompagnent un proche en situation de perte d’autonomie (liée à un handicap ou une maladie). 6 millions sont des femmes, plus de la moitié donc. Une féminisation somme toute logique tant la société considère « naturel » que les femmes prennent soin des autres. Elles sont 57% et restent pourtant relativement invisibles dans la société.

C’est pourquoi Audencia et le Laboratoire de l’Égalité ont voulu s’intéresser de plus près à ces aidantes qui voient leur vie bouleversée pour être au plus près de leur proche. Retour sur le colloque « Comment mieux s’engager auprès des 6 millions d’aidantes en France », co-organisé par Audencia et le Laboratoire de l’Égalité, le 10 juin dernier.

Être aidant.e, un rôle peu voire pas considéré par la société

Bien qu’1/6 de la population française soit concerné, la reconnaissance d’un statut de proche aidant est relativement récente*. Parmi les avancées notables, une loi a été votée en mai 2019 pour faciliter la vie professionnelle des salariés aidants en instaurant un congé rémunéré du proche aidant de 3 mois. « Cette loi a été édulcorée par rapport à ce que j’avais proposé, explique Jocelyne Guidez, sénatrice de l’Essonne, « le congé du proche aidant ne prend pas en compte le congé pour longue maladie. Les 3 mois accordés ne peuvent donc concerner qu’une infime partie des aidants ». C’est un début, mais ce n’est pas suffisant » poursuit-elle. D’autant que toutes et tous s’accordent à dire que concilier vie professionnelle et personnelle est loin d’être simple.

Une conciliation parfois difficile entre vie professionnelle et vie personnelle

Qui dit aidant.e, dit réorganisation du quotidien, aménagement des horaires de travail, organisation des rendez-vous médicaux… Parfois, la pathologie est si lourde qu’un des parents s’arrête de travailler. Encore tabou dans le monde de l’entreprise, peu d’aidant.e.s osent parler de leur situation à leur employeur. Et quand c’est le cas, celui-ci n’est pas toujours très compréhensif.

Il faut sensibiliser, éduquer les entreprises. Il y a un vrai déficit de connaissances, d’empathie envers les aidant.e.s salarié.e.s

Nathalie Levy, journaliste et autrice du livre « Courage au cœur et sac au dos » aux Editions du Rocher en a fait l’amère expérience. Si l’employeur au départ a été bienveillant et lui a laissé une certaine liberté dans son organisation du temps de travail, quelques mois après, il ne semblait plus aussi conciliant et lui a reproché sa situation. « Il faut sensibiliser, éduquer les entreprises. Il y a un vrai déficit de connaissances, d’empathie envers les aidant.e.s salarié.e.s » estime la journaliste.

Jean-Baptiste Talabot, Directeur de l’action sociale retraite à Malakoff Humanis en est convaincu : « L’aidance est une problématique incontournable dont l’entreprise doit absolument s’emparer car elle peut impacter sa performance ». L’entreprise doit prendre conscience que ce n’est pas un épiphénomène mais une réalité sociale : 61% des aidant.e.s exercent une activité professionnelle dont 54% de salarié.e.s. 1 salarié.e sur 5 aujourd’hui mais qui pourrait passer à 1 sur 4 à l’horizon 2030 selon le dernier rapport d’activité du Laboratoire de l’Égalité.

Mais pourquoi tant de frilosité ? Ce que redoute l’employeur, ce sont les impacts tels que l’absentéisme, la baisse de la productivité donc baisse de la performance… Or si l’entreprise prend en considération le phénomène de l’aidance, si elle met en place des outils, des dispositifs, non seulement les collaborateurs lui seront loyaux mais sa marque employeur n’en sera que renforcée. Fabienne Arrighi, avocate spécialisée dans le droit du travail, ajoute : « il est essentiel de sensibiliser aussi les managers car leurs comportements peuvent être discriminant, stigmatisant. De même, il est pertinent d’assurer un suivi, d’accompagner l’aidant.e lors de son retour au travail ».

Une santé dégradée malgré l’existence de dispositifs de soutien

Encore faut-il pour l’aidant.e, assumer cette « fonction ». Peu se voient ainsi et finissent par s’épuiser, comme l’évoque Sophie Pichierri, Directrice du centre de prévention Bien Vieillir Agirc-ARRCO Pays de la Loire. Ces personnes accomplissent souvent des tâches domestiques (courses, tâches administratives, ménage…) et banalisent leur importance ; donc leur rôle. Cela est d’autant plus vrai pour les femmes qui, « en tant que « fille de », « épouse de », « sœur de » se sentent une sorte d’obligation morale (induite par la société) et trouvent cela « normal ». Des mécanismes de défense inconscients qui empêchent d’assumer. « Il est fondamental que les professionnels des secteurs médico-sociaux soient à leur côté pour les inciter à accepter, pour les épauler » poursuit-elle.

Les aidantes ont le droit de dire qu’elles sont fatiguées, de demander de l’aide.

Car être aidant.e n’est pas anodin pour la santé. Burn-out, épuisement physique et psychique, développement de maladies, isolement social, explosion de la cellule familiale, solitude, etc. les dégâts collatéraux sont nombreux. Or, comme témoigne Léonora Razakandrainy, pilote du groupe Jeunes aidants de l’association Bretagne Solidarité, « les aidantes ont le droit de dire qu’elles sont fatiguées, de demander de l’aide ». Ce qu’elles ne font pas, par culpabilité trop souvent, au détriment de leur propre santé.  

Une fatigue physique qui s’accompagne souvent d’une détresse morale. Les aidant.e.s se sentent parfois démuni.e.s, seul.e.s devant le quotidien, les démarches administratives, etc. Pourtant, des solutions existent (congé rémunéré du proche aidant, dons de jours de congés en entreprise, parcours de prévention santé personnalisé et adapté de l’Argirc Arcco, etc.) mais sont trop méconnues et pas toujours adaptées au besoin réel. Il devient donc essentiel de rendre l’information plus visible, plus compréhensible et accessible pour faciliter et soulager le quotidien.

Le vieillissement de la population française conduira dans les années à venir à une augmentation significative du nombre d’aidant.e.s. L’amélioration de la reconnaissance des d’aidant.e.s permettrait de sécuriser le parcours professionnel, de préserver l’équilibre entre la vie privée et professionnelle et d’éviter les pénalisations en matière d’emploi ou de carrière. Dans cette perspective, les différentes mesures prises pour aider les proches qui accompagnent pourraient favoriser une prise en compte plus en phase avec la réalité quotidienne des 11 millions d’aidant.e.s en France.

* Loi d’adaptation de la société au vieillissement votée en 2015

Avec : 

Blanche Le Bihan, Enseignante-chercheuse, EHESP

Table 1 : Enjeux sociétaux autour du rôle d’aidante

  • Jocelyne Guidez, Sénatrice de l'Essonne
  • Claudie Kulak, Fondatrice de La compagnie des aidants et Autrice de "Les aidants, ces proches indispensables du quotidien"

Table 2 : Être aidante : Quels impacts sur l’activité professionnelle ?

  • Nathalie Lévy, Journaliste et Autrice du livre "Courage au cœur et sac au dos" sur son quotidien d’aidante
  • Jean-Baptiste Talabot, Directeur de l’action sociale retraite, Malakoff Humanis
  • Laure de La Bretèche, Directrice déléguée des Politiques sociales, Caisse des Dépôts

Table 3 : Être aidante : Quelles conséquences sur la santé ?

  • Dr Sophie Pichierri, Médecin et Directrice du Centre de prévention Bien vieillir, AGIRC-ARRCO Pays de la Loire
  • Muriel Peyretou-Fletout, Directrice de projet, Malakoff Humanis
  • Léonora Razakandrainy, Pilote groupe Jeunes Aidants , Association Bretagne Solidarité

Avec la participation de Corinne Hirsch, Vice Présidente du Laboratoire de l'Egalité, Nils Poussielgues (Audencia), Léonora Razakandrainy, Fabienne Arrighi-Bensoussan, membres du groupe de travail sur les aidantes non-professionnelles du Laboratoire de l'Egalité

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